
La première partie de l’exposition « Vivants ! Une aventure collective » au Jardin de l’Arquebuse jusqu’au 3 janvier 2027. © Ocim / DF
Au Jardin de l’Arquebuse, à Dijon, l’exposition « Vivants ! Une aventure collective », propose, jusqu’au 3 janvier 2027, un parcours de sensibilisation à la biodiversité qui prend le parti d’un décentrement salutaire : rappeler que l’humain n’est pas face au vivant, mais en son sein. Pensée pour un large public, l’exposition annonce d’emblée une tonalité accessible, visuelle et dynamique, avec un univers graphique « esprit BD » et un parcours conçu pour observer, comprendre et se (re)connecter au vivant.
Plutôt que d’aborder la biodiversité comme un objet lointain, l’exposition commence par replacer l’humain parmi les autres êtres vivants. La première séquence s’accompagne d’un travail explicite sur les idées reçues. La «loi du plus fort», l’idée d’une nature figée ou celle d’une supériorité humaine sont successivement contestées au profit d’une lecture plus relationnelle du vivant, où coopération, adaptation et interdépendance occupent une place centrale. Avec cette approche, l’exposition rend intelligibles des notions complexes sans renoncer à leur portée critique.
Le deuxième temps du parcours, consacré à ce qui vit «dedans, dessus, autour», est particulièrement fécond. En s’appuyant notamment sur les macro-photographies de Frédéric Labaune, l’exposition montre que notre corps lui-même est un écosystème. Microbiote, bactéries, parasites, commensaux : le vivant ne nous entoure pas seulement, il nous constitue. Le propos insiste sur le rôle essentiel de ces micro-organismes dans la digestion, l’immunité ou l’équilibre général, et prend soin de déconstruire une autre représentation tenace : celle qui réduit les microbes à des ennemis.





L’exposition élargit ensuite cette réflexion à l’alimentation, comprise comme une chaîne d’interdépendances entre sols, plantes, pollinisateurs, animaux, bactéries et pratiques culturelles.
Le troisième volet aborde plus frontalement la question des responsabilités humaines. L’humain y apparaît comme une «espèce ingénieure», capable de transformer en profondeur les milieux par l’agriculture, l’élevage, les infrastructures ou l’urbanisation. Domestication, surexploitation des ressources, destruction et fragmentation des habitats, pollution, émissions de gaz à effet de serre : le parcours inscrit clairement la crise écologique dans une histoire longue des usages humains du vivant. Il a aussi le mérite de relier ces transformations à une vision anthropocentrique qui réduit souvent les autres espèces à leur seule utilité.




La dernière partie, consacrée à la reconnexion au vivant, déploie une approche plus sensible. Le propos évoque aussi bien les imaginaires, les pratiques artistiques et les formes d’inspiration que les bénéfices du contact avec la nature sur le bien-être, la cognition ou l’équilibre émotionnel. La référence à l’approche One Health inscrit enfin l’exposition dans une perspective désormais centrale : celle de l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé environnementale. Le parcours se prolonge d’ailleurs hors les murs, avec une invitation à poursuivre l’expérience dehors, au jardin comme dans l’espace urbain.
On peut aussi saluer l’efficacité du parti pris scénographique et graphique : l’univers visuel «esprit BD», avec une fresque signée Aurélien Cantou et les contributions de Thibault Roy – dont le coup de crayon et l’humour fin honorent chaque livraison de La lettre de l’Ocim –, de Laurence Berthel et de Véronique Lerallu.
Portée par un commissariat scientifique assuré par Agnès Fougeron, directrice du Jardin de l’Arquebuse, une direction de projet confiée à Sophie Jolivet, responsable des expositions, et une pluralité de contributions, parmi lesquelles le conseil scientifique de Jean-Philippe Pierron (Université Bourgogne Europe), Lionel Ranjard (Inrae) et Stéphane Mazières (Aix-Marseille Université), l’exposition Vivants! ne se contente pas d’exposer la biodiversité ; elle invite à regarder, comprendre le vivant, et à habiter le monde autrement.
À découvrir, pour prolonger la réflexion, le numéro 214 de La lettre de l’Ocim, consacré au thème «musées et santé», qui explore notamment la santé humaine au prisme des interdépendances du vivants, et le numéro 212, sur l’alimentation, dont les contributions nous invitent à penser l’acte de s’alimenter comme une manière de relier des mondes à préserver et comme un acte de reliance, à soi, aux autres et au vivant.