
Captures d’écran du Musée virtuel des biens culturels volés. – Unesco et Studio Francis Kéré GmbH
L’Unesco vient d’inaugurer le premier Musée virtuel des biens culturels volés à l’échelle mondiale : une plateforme immersive destinée à documenter et à reconstituer les objets et biens culturels volés ou disparus. Il est également question de sensibiliser les publics au pillage et au trafic illicite d’objets culturels. Le projet, annoncé en 2022, a été dévoilé lors du Mondiacult, le 29 septembre 2025 à Barcelone.
Annoncé lors de la conférence mondiale de l’Unesco sur les politiques culturelles et le développement durable (Mondiacult) en 2022 à Mexico, c’est lors de l’édition de 2025 que le Musée virtuel des biens culturels volés a été mis à disposition du public.
Le projet a été conçu en partenariat avec l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) et développé avec le financement fourni par le Royaume d’Arabie Saoudite.
C’est par ces mots que Ernesto Ottone R. (directeur général adjoint pour la culture à l’Unesco) introduit ce projet. Un lieu entre le matériel et l’immatériel qui se veut universel et innovant. Les objets présents au sein de ce musée virtuel proviennent de 46 pays et sont au nombre de 245. Pour l’heure, les contenus du musée sont disponibles en français et en anglais. Il est par ailleurs possible de vivre cette expérience avec un casque VR.
Le musée est organisé en trois parties :
Galerie des biens culturels volés : Cœur du musée virtuel, cette partie présente les objets, reconstitués numériquement à partir de photographies, d’archives et de données fournies par les États membres. À noter que certaines modélisations 3D des biens volés sont générées à l’aide d’outils IA, à partir des images disponibles. Chaque objet est accompagné d’une fiche descriptive précisant sa provenance, le contexte du vol, et la période ou le lieu d’origine. Fiche descriptive qui est aussi disponible dans la langue du pays membre concerné. Cet espace illustre l’ampleur du phénomène du trafic illicite, tout en rendant hommage à la diversité du patrimoine menacé (sculptures, peintures, artefacts archéologiques, objets paléontologiques, bijoux, etc.).



Cette statue du dieu Shiva Bhairava provient de la ville de Dantewada en Inde (État du Chhattisgarh). Sa modélisation 3D a été générée par IA à partir des images disponibles après son vol.
Salle Retour et Restitution : Cet espace valorise les efforts internationaux ayant abouti à la restitution d’objets culturels à leurs pays d’origine et documente des exemples de coopération entre États, musées, douanes et forces de police. Elle présente trois objets, des fossiles, qui ont été retrouvés au Chili puis restitués au Maroc en 2024. Alors que la Galerie des biens culturels volés est destinée à se vider, cette salle est amenée à se remplir au fur et à mesure des enquêtes et des restitutions.
Auditorium : Cette partie du musée constitue un espace de présentation du musée virtuel, dédié à la diffusion de contenus éducatifs et institutionnels (notamment sur la Convention de 1970 qui encadre la lutte contre le trafic illicite). Cet espace illustre la dimension pédagogique du musée : il vise à informer et à sensibiliser les publics aux enjeux du trafic illicite, à la préservation du patrimoine et aux actions de coopération internationale.
Diébédo Francis Kéré, architecte burkinabé, lauréat du prix Pritzker 2022, a été choisi par l’Unesco pour concevoir la structure du Musée virtuel des biens culturels volés. Natif de la ville de Gando, où il a réalisé son premier projet architectural, Francis Kéré s’inspire de la nature et de ses ressources pour concevoir des architectures durables, ancrées dans le quotidien et les pratiques des habitants et conçues pour répondre au changement climatique.

Captures d’écran du Musée virtuel des biens culturels volés. – Unesco et Studio Francis Kéré GmbH
L’architecture virtuelle imaginée par Kéré s’inspire fortement du baobab, « symbole de résilience et central dans la vie de nombreuses communautés africaines ». Cette forme symbolique incarne l’idée de mémoire, d’enracinement culturel et d’appartenance.
Les agences créatives DDB Paris et makemepulse ont accompagné Francis Kéré et ses équipes pour la conception du musée, tant pour la modélisation 3D des expôts ou de la structure du musée que pour la création du site Internet.
Le trafic illicite d’objets culturels est un phénomène global aux dimensions économiques, sociales et culturelles majeures. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ce trafic représenterait entre 3,4 et 6,3 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale. Interpol recense plus de 57 000 objets et œuvres d’art volés dans sa base de données. En 2023, lors de l’opération Pandora VII, 11 049 objets volés ont été retrouvés et 60 personnes ont été interpellées.
Le trafic illicite d’objets culturels a de nombreuses conséquences, parmi lesquelles l’érosion du patrimoine et de l’histoire des peuples et des pays, la perte de confiance envers les institutions publiques, mais également l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
« Le trafic illicite constitue un vol caractérisé de la mémoire des peuples. Éveiller les consciences et appeler à la plus extrême vigilance est nécessaire pour lutter contre cette réalité largement sous-estimée »
Audrey Azoulay, Directrice générale de l’Unesco
Lors de conflits armés, de crises politiques ou de pandémies, ce trafic tend à s’accroître. La surveillance diminue dans les musées, ces derniers ferment et les sites archéologiques deviennent plus vulnérables aux fouilles illégales. Pendant la pandémie de Covid-19, l’Unesco a signalé une augmentation des vols dans les musées fermés et des pillages clandestins sur les sites archéologiques.
Interpol relève ainsi que, par rapport à 2019, les fouilles illégales de sites archéologiques ont considérablement augmenté en 2020 : + 32 % en Afrique, + 187 % dans les Amériques et + 3 812 % en Asie et dans le Pacifique Sud.
En soutenant la coopération entre États, musées, forces de l’ordre et institutions internationales, l’Unesco et ses partenaires œuvrent à endiguer un commerce qui fragilise la mémoire collective et alimente des activités criminelles. Le Musée virtuel des biens culturels volés s’inscrit pleinement dans cette dynamique.