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20.01.25

The Living Museum : une IA pour faire parler les œuvres

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Page d’accueil du site « The Living Museum »

Modifié le 07.04.25 — Et si les œuvres des musées pouvaient discuter avec leurs visiteurs ? C’est à cette question et mû par une envie de rendre la culture plus accessible et le public plus actif que l’ingénieur Jonathan Talmi propose la plateforme « The Living Museum ».

En ligne depuis le 3 octobre 2024, le projet « The Living Museum » permet d’explorer et de converser avec les quelque 1,2 millions d’artefacts, de documents ou d’archives qui composent la collection numérique du British Museum. Un dispositif innovant et inspirant pour les musées et leurs collections mais également porteur de questionnement quant à son usage et son mode de fonctionnement.

Un million d'interlocuteurs-artefacts...

Les 1,2 million d’expôts présents sur le site « The Living Museum » peuvent ainsi converser avec le visiteur et lui communiquer des informations sur sa date de création ou sa technique de fabrication et même sur son aire culturelle ou ses inspirations esthétiques. Ces informations viennent en grande partie des metadata attachées aux objets et documents présents sur le portail des collections en ligne du British Museum. Elles proviennent également des connaissances agrégées par le modèle de langage utilisé pour « The Living Museum ». À noter que ce dispositif est réalisé indépendamment du British Museum et de ses équipes.

 

L’agent conversationnel de « The Living Museum » ainsi que son moteur de recherche fonctionnent grâce au traitement automatique de langage naturel, en opposition au langage informatique. C’est le même mécanisme qui est à l’œuvre dans les traductions automatiques et qui permet à l’utilisateur de s’exprimer comme il le ferait dans la vie de tous les jours et non par mots-clés. Ce système donne alors l’occasion à l’internaute de formuler des demandes de recherche complexes comme « fragments de vitraux de cathédrales gothiques » ou « bijoux portés par les pharaons ». Une manière pour l’utilisateur de regrouper des œuvres diverses de manière thématique, par période ou par technique, à la façon d’une exposition. Même si le dispositif ne permet pas de vérifier la pertinence des résultats de recherche ni combien d’artefacts sont réellement concernés et sélectionnés, le système de mosaïque défile et se répète à l’infini.

Résultats proposés pour la recherche « armes du japon médiéval »

Ce n’est pas directement précisé sur la page web de « The Living Museum », mais il est possible de discuter avec l’agent conversationnel et de faire des recherches dans d’autre langues que l’anglais, y compris le français.

… et beaucoup de questionnements

Interrogé au sujet de son fonctionnement, l’agent conversationnel de « The Living Museum » répond qu’il est Claude, un grand modèle de langage (Large Language Model ou LLM en anglais), conçu par l’entreprise Anthropic et qui, toujours d’après l’agent conversationnel, a été entraîné dans plusieurs langues, et pas exclusivement en anglais comme c’est parfois le cas avec d’autres LLM.

 

Même s’il répond à quelques questions sur son fonctionnement, Claude recadre rapidement et systématiquement la discussion sur l’artefact et rappelle : « mon rôle est de partager mon histoire culturelle, pas de discuter de détails technologiques ». De manière générale, l’agent conversationnel et tout le site web de « The Living Museum » donnent très peu d’informations sur la genèse, la création et le fonctionnement du projet. De quelle manière les données du British Museum (sous licence CC BY-NC-SA 4.0) ont elles été utilisées ? Quelle ligne éditoriale est adoptée dans le cas de questions sensibles, comme la restitution d’objets patrimoniaux ou l’impact écologique des musées ?

L’apport des IA génératives aux musées

« The Living Museum » témoigne des possibilités apportées par les IA génératives dans le champ patrimonial et démontre également les opportunités offertes par l’ouverture des données à tous et les licences libres. Ce dispositif, conçu par un membre de la société civile, est réalisé sans le concours du British Museum. Afin d’être un outil fiable et complémentaire de l’expérience utilisateur des sites Internet des musées, il gagnerait à plus de transparence, de partage de pratiques auprès des professionnels et à utiliser et des technologies open source (BLOOM ou Snowflake Arctic par exemple) et non propriétaires comme l’est Claude.

 

Les discussions autour de la démocratisation des IA génératives et de leur application dans les institutions culturelles et patrimoniales ne sont pas nouvelles, avec par exemple, le dispositif Ask Mona, et avec l’entreprise franc-comtoise Livdeo qui offre plusieurs applications de médiation, d’audioguides et d’expositions en réalité augmentée fonctionnant grâce aux IA génératives, et avec un objectif d’inclusion et d’accessibilité.

 

Les LLM charrient encore un grand nombre de questions (juridiques, environnementales, éthiques, pédagogiques, techniques, linguistiques, etc.). Des questions qui ne trouvent pas encore toutes leurs réponses mais qui demandent à être suivies, discutées et partagées.

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