
Dans le cadre des travaux du Parlement européen sur l’essor de l’IA dans les secteurs culturels et créatifs, le réseau européen des musées (NEMO) appelle à reconnaître les institutions muséales non seulement comme usagères des technologies, mais comme des partenaires stratégiques de premier plan.
Alors que la commission de la culture et de l’éducation (CULT) du Parlement européen prépare son rapport d’initiative « Les secteurs culturels et créatifs à l’ère de l’IA », le réseau NEMO (Network of European Museum Organisations) a officiellement déposé sa contribution. Son mot d’ordre : élargir le débat sur l’intelligence artificielle au-delà des seules industries créatives marchandes pour y intégrer pleinement le patrimoine conservé par les musées, archives et bibliothèques.
Les collections numérisées ou nées numériques constituent un actif public inestimable. Associées à une riche documentation scientifique, à des métadonnées rigoureuses et à l’historique de leur provenance, elles forment un socle indispensable pour entraîner des modèles d’IA fiables, vérifiables et respectueux de la diversité culturelle.
NEMO rappelle toutefois que ces ressources ne doivent pas faire l’objet d’une extraction massive et incontrôlée au profit exclusif d’intérêts privés. En tant qu’institutions de confiance et espaces d’éducation critique, les musées doivent être protégés et associés directement à la gouvernance de ces technologies.
Tout en réaffirmant son engagement historique en faveur de l’Open Access et de la libre diffusion du patrimoine dans l’intérêt général, le réseau invite à repenser les modalités de réutilisation des données patrimoniales :
Distinguer consultation citoyenne et moissonnage intensif : la consultation par les chercheurs et le grand public doit rester ouverte ; en revanche, l’extraction de masse (web scraping) pour l’entraînement d’IA commerciales impose des contraintes techniques et financières disproportionnées aux infrastructures publiques.
Exiger une juste contribution des acteurs commerciaux : les entreprises exploitant intensivement ces jeux de données documentés devraient contribuer au financement et à la maintenance des infrastructures qui rendent ces ressources accessibles.
Garantir la traçabilité et l’attribution : les institutions doivent pouvoir savoir comment, par qui et à quelles fins leurs données patrimoniales sont réemployées par les algorithmes.
Pour que les institutions muséales jouent pleinement ce rôle de médiateur et de garant de l’esprit critique, NEMO préconise un soutien ciblé des pouvoirs publics européens et nationaux :
Investir dans les infrastructures et la cybersécurité : consolidation des systèmes de gestion des collections, interopérabilité des métadonnées et intégration des musées dans les stratégies de résilience cybernétique.
Accompagner les équipes et les gouvernances : doter les professionnels et les directions d’outils d’évaluation des risques pour définir des stratégies numériques alignées sur les missions scientifiques et citoyennes — y compris pour déterminer quand l’IA ne doit pas être employée.
Créer un pôle européen de formation continue : mise en place d’un centre de compétences coordonné pour mutualiser les bonnes pratiques, les formations interdisciplinaires et les retours d’expériences.
Veiller aux impacts humains et environnementaux : mesurer la charge de travail liée à la vérification des contenus générés, prévenir la déqualification professionnelle et évaluer l’empreinte écologique des solutions algorithmiques.