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Le musée des Dinosaures : un projet à l’envergure de ses hôtes

Le musée des Dinosaures, fondé en 1992 à Espéraza (Aude), dans la Haute Vallée de l’Aude à une cinquantaine de kilomètres au sud de Carcassonne, vient d’inaugurer 2 500 m2 d’exposition dédiés à l’histoire de la vie sur Terre dans un temple de béton, de verre et d’acier résolument moderne.

Depuis près de vingt ans, les paléontologues du musée organisent des campagnes de fouilles sur plusieurs sites de la région. Ils ont livré des milliers de restes fossilisés des animaux qui nous ont précédé sur Terre il y a 70 millions d’années, dont de nombreux os et œufs de dinosaures du sud de la France, conservés au musée des Dinosaures d’Espéraza. Une exposition présentant ces résultats était abritée depuis 1992 dans l’ancienne gare de la commune. Mais devant l’augmentation régulière de la fréquentation et des découvertes, l’exposition comme les réserves se sont rapidement avérées trop étroites, rendant un nouvel aménagement nécessaire.
Après trois années de travaux, le musée a déménagé dans son nouveau bâtiment, dessiné par l’architecte François Deslaugiers, à qui l’on doit notamment la muséographie de la chapelle du musée des Arts et Métiers. Il passe de 350 à 2 500 m2 d’exposition et s’enrichit d’une galerie de l’évolution, d’une serre présentant la végétation du Crétacé et d’une halle consacrée aux dinosaures du monde. Et il continue de présenter, dans de meilleures conditions, les dinosaures découverts dans cette région des Pyrénées audoises qui a livré, entre autres, les restes d’un sauropode, Ampelosaurus atacis, plus connu sous le nom d’Eva.

Après quelques précisions scientifiques, la visite s’ouvre sur une longue galerie d’une cinquantaine de mètres bordés de vitrines. La galerie de l’évolution présente l’histoire de la Terre depuis sa formation il y a 4.5 milliards d’années, et l’histoire de la vie de l’apparition des premiers êtres vivants aux mammifères de l’ère Quaternaire. Cette promenade dans le passé de la Terre offre une image de la biodiversité à travers les temps et précise le sujet de l’exposition, les dinosaures, en le replaçant dans son contexte chronologique illustré par une riche collection de témoins fossiles.
En entrant dans la halle des dinosaures du monde, le visiteur est accueilli par la reconstitution de différents squelettes de dinosaures exhumés sur les cinq continents, dont certains sont présentés pour la première fois en France ou en Europe : le squelette complet de Tyrannosaurus, théropode de 12 mètres de long, Mamenchisaurus, herbivore long de 22 mètres, un crâne de Triceratops ou encore Quetzalocoatlus, le plus grand reptile volant de tous les temps, qui, avec ses 12 mètres d’envergure, constitue un exemplaire unique au monde présenté en position de marche. Autour de la fosse, une série de vitrines présente la biologie des dinosaures, illustrée par le moulage du cerveau d’un T rex, ou les traces de peau d’un hadrosaure.
Après les spécimens venus du monde entier, l’exposition fait une place particulière aux dinosaures découverts dans la Haute Vallée de l’Aude, une région qui compte les plus grands gisements de dinosaures de France. Le très riche site de Campagne-sur-Aude, situé à quelques kilomètres d’Espéraza et toujours en cours d’étude par l’équipe du musée, a livré entre autres le seul squelette entier découvert en France, un sauropode nommé Ampelosaurus atacis (« le dinosaure du vignoble de l’Aude »). Les recherches menées sur ces fossiles ont permis de reconstituer le squelette de ce grand dinosaure herbivore, mais des années de travail seront encore nécessaires avant de pouvoir exposer l’original. Il y a 72 millions d’années Ampelosaurus côtoyait d’autres espèces de dinosaures, présentées dans cette halle, sans oublier lézards, grenouilles, tortues, crocodiles dont les restes fossilisés ont été exhumés au cours des vingt années de fouilles. Des œufs et un nid découverts dans la Haute-Vallée de l’Aude sont également au centre de l’exposition. La crise Crétacé Tertiaire et la disparition des dinosaures clôt la visite, avec un échantillon de la fameuse couche à iridium, témoin géologique de la fin de l’ère de ces formidables lézards.
La serre du Crétacé propose ensuite de plonger le visiteur au cœur d’un paysage végétal de la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années. Des fougères arborescentes de Tasmanie de plus de deux mètres de haut se sont parfaitement adaptées au climat tempéré pour rejoindre les cycas, palmiers, ginkgos et autres séquoias, caractéristiques de l’écosystème dans lequel évoluaient les dinosaures de cette époque. Grâce à une baie vitrée donnant dans le laboratoire accolé à la serre du Crétacé, les visiteurs peuvent assister au travail de préparation des milliers d’ossements fossiles récoltés lors des fouilles : les scientifiques les dégagent de leur enveloppe minérale afin de les étudier avant de les conserver dans les réserves du musée ou les présenter dans l’expo. En été, des visites guidées du gisement en cours de fouille et des ateliers d’apprentissage de la Paléontologie pour les enfants complètent la visite.
Une attention particulière a été portée aux plus jeunes qui retrouvent tout au long du parcours la mascotte du musée pour mieux repérer les textes leur étant spécialement destinés et inscrits à leur hauteur. Par ailleurs, des cubes en bois, peints en vert pomme et facilement repérables, dessinent les limites de l’espace réservés aux enfants à partir de 5 ans. Ils servent de supports pour plusieurs jeux disposés juste après la galerie de l’évolution. La Dino-récré répond à une demande récurrente des visiteurs qui ne veulent plus seulement que leurs enfants soient spectateurs mais deviennent aussi acteurs de leur visite. L’équipe du musée compte poursuivre le développement de ces mini espaces éducatifs.

Ce musée s’inscrit véritablement par la richesse de sa collection et les spécimens présentés dans le réseau des grands musées européens de Paléontologie. Premier musée français intégralement consacré aux dinosaures, il fait écho à la toute nouvelle et passionnante galerie des dinosaures de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (voir la Lettre de l’OCIM n°115, pp. 44-45.). Ces deux ouvertures concomitantes offrent une vision contemporaine du dynamique champ de la Paléontologie. Un dépoussiérage des genres qui, dans les deux cas, a été réalisé dans une remarquable justesse et humilité scénographique. Ainsi l’absence d’une quelconque robotisation des squelettes laisse toute sa place à la puissance d’évocation naturelle des impressionnantes dimensions des spécimens. Cette vision plus naturaliste réussit pleinement à replacer la Paléontologie dans l’histoire de la Terre sans céder aux sirènes du tout scénographique ou hollywoodiennes, qui peuvent parfois engluer le contenu sous un décorum trop présent. La force réside ici dans les pièces elles-mêmes, qu’il s’agisse de moulage ou plus encore des témoins originaux. Et la sobriété de la technologie se retrouve dans la scénographie générale qui répercute les choix de l’architecte en privilégiant, comme pour le bâtiment qui l’abrite, des matériaux comme le métal et le verre. L’ensemble, bien qu’un peu froid, se révèle très contemporain et n’est pas sans rappeler l’esthétique classique des expositions d’art. Là encore à contre-courant, l’équipe fait le pari qu’une exposition sur les dinosaures peut aussi s’adresser à un public âgé de plus de quinze ans. C’est surtout une muséologie d’objet qui conserve toute sa place à une collection unique.
Le musée des Dinosaures d’Espéraza (tél. + 33 4 68 74 26 88 - contact@dinausoria.org- site Internet Dinausoria) est géré par l’association Dinosauria, engagée dans le développement de la recherche paléontologique et la diffusion de ses résultats auprès du grand public. Nous avons affaire ici à un musée militant, au niveau scientifique internationalement reconnu qui poursuit un riche travail de fouilles et d’étude de ses collections sans sacrifier l’indispensable diffusion au public. Outre la gestion des expositions et du laboratoire de recherche du musée, l’association travaille en effet également à l’organisation régulière de campagnes de fouilles paléontologiques en France, et de missions de terrain à l’étranger, notamment en Thaïlande. Abandonnant parfois les fossiles et le marteau, l’équipe scientifique participe régulièrement aux congrès internationaux de Paléontologie ainsi qu’à la formation d’étudiants en master et doctorat. Enfin, elle se charge de la publication de deux revues : Oryctos, destinée aux scientifiques, et La lettre de Dinosauria, qui poursuit la mission de diffusion de la culture paléontologique et de son actualité auprès du public le plus large. L’équipe permanente compte 8 personnes et l’intégralité des activités sont financées sur les recettes propres de l’association.

Le projet constitue un véritable événement pour le département et les collectivités, qui comptent, grâce à cet établissement, attirer 80 000 visiteurs par an. C’est un enjeu touristique majeur pour la Haute Vallée de l’Aude et pour la ville d’Espéraza en quête de reconversion après le déclin de l’industrie locale chapelière et l’arrêt successif des différentes industries locales. S’il ne peut sauver à lui seul l’économie de la vallée, il jouera sans aucun doute un rôle majeur dans l’économie touristique. À condition que les infrastructures locales se maintiennent et se développent pour offrir un accueil de qualité et de nombreux services aux visiteurs. Nous quittons toutefois ici la sphère de la stricte Paléontologie

Olivier Richard
Chargé de Programmation
Département Action culturelle
Cité des Sciences et de l’Industrie

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Publié le 22 mai 2008

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