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Les structures actuelles des serres du Jardin des Plantes de Paris – véritable patrimoine historique et architectural – sont les héritières d’une histoire qui commence au XVII e siècle, au temps du Jardin du Roy, lorsque les botanistes, dans leur quête permanente de nouveaux végétaux à étudier, ont été confrontés à la nécessité de préserver des sujets rapportés d’expéditions lointaines, inadaptés aux rigueurs des hivers parisiens. La première serre a été édifiée en 1714, suivie par plusieurs campagnes de construction, d’extension, de démolition et de reconstruction. Les serres sont des réalisations architecturales audacieuses. Au cours des siècles, les intendants et architectes du jardin ont toujours été soucieux d’innovations techniques pour mieux contrôler température et humidité et préserver des sujets fragiles et précieux. Leurs noms rendent hommage à leurs concepteurs. Les deux pavillons (aujourd’hui serre de Nouvelle-Calédonie et serre de l’histoire des plantes), dites serres Rohault de Fleury, du nom de leur architecte, ont été édifiés entre 1834 et 1836, c’étaient alors de véritables prototypes comptant parmi les innovations les plus importantes de l’architecture métallique : ce sont les premières serres au monde d’aussi grandes dimensions réalisées en verre et en métal. Une autre, la plus grande et la plus haute (aujourd’hui la serre des forêts tropicales humides), a été construite dans les années 1930 par René Berger, on l’appelait alors le Jardin d’hiver.
Les serres de Charles Rohault de Fleury, inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en juillet 1964, ont été restaurées en 1980 avec un verre prototype doté d’une protection d’oxyde métallique à base d’étain sensé renforcer l’isolation, mais se sont rapidement détériorées. La couverture du jardin d’hiver de René Berger a été refaite en 1980 avec du verre armé et l’avant-corps a été restauré en 1999. La restauration des serres courbes a été menée par Paul Chemetov et Borja Huidobro entre 1995 et 1997. Et en 2005 s’est ouvert le grand chantier qui mène jusqu’à aujourd’hui.
Les serres du Jardin des Plantes, entièrement rénovées et réaménagées, sont de nouveau ouvertes au public depuis juin dernier. La rénovation – assortie d’une muséographie repensée, de nouvelles plantations et présentations végétales – permet d’y diffuser les connaissances les plus récentes sur les plantes, d’y faire entrer les préoccupations actuelles et de sensibiliser tous les publics à la fragilité des milieux et aux enjeux actuels de leur préservation. Quatre serres sont désormais ouvertes au public : la serre des forêts tropicales humides, la serre des déserts et milieux arides, la serre de Nouvelle-Calédonie et la serre de l’histoire des plantes. Elles permettent de découvrir la biodiversité végétale dans son abondance ou sa rareté et sous les multiples aspects de son adaptation aux différents milieux terrestres.
La réouverture des serres a mobilisé architectes, scénographes, médiateurs ou spécialistes de la pédagogie, scientifiques et jardiniers, associations spécialisées dans les handicaps. Elle constitue pour le Muséum national d’Histoire naturelle un challenge aux multiples enjeux :
- un enjeu technique : les serres sont des bâtiments classés, des structures anciennes fragiles qui souffrent des écarts de température et des effets de l’humidité. Leur rénovation et leur nouvel aménagement intérieur ont été effectués en tenant compte des impératifs qu’imposent un classement patrimonial et la volonté de les rendre accessibles à tous les publics. Les travaux ont permis de leur redonner leur aspect d’origine et d’en moderniser le fonctionnement ;
- un enjeu historique et botanique : préserver les serres c’est aussi renouer avec l’utopie des grands botanistes du Jardin des Plantes de faire pousser en pleine terre des plantes originaires d’autres latitudes, leur recréer un substrat, c’est-à-dire un sol proche de celui de leur milieu naturel et maintenir des conditions de température et d’humidité adéquates ;
- un enjeu scientifique et pédagogique : les serres offrent davantage qu’une immersion dans le végétal et chacune ouvre sur un univers à part entière, visuellement et scientifiquement en dévoilant une approche différente de la biodiversité végétale.
Les serres se visitent en enfilade, chacune s’ouvrant par un sas où des extraits de films de paysages, d’atmosphères, préparent à la visite. La scénographie des serres est conçue pour permettre une observation intelligente des végétaux. Les dispositifs de communication et d’information sont destinés aux familles, aux enfants et à tous les publics. Panneaux, cartels commentés et étiquettes botaniques informent sur les plantes et les milieux présentés. À cette approche classique s’ajoute une approche interactive et ludique : objets et plantes à toucher, vidéos dans les sas et dans la serre des déserts. Une liane « intelligente » guide le visiteur : ce ruban d’acier dont la forme est inspirée d’une liane tropicale, dite liane tortue, est un support de contenu, un fil rouge, pour apporter plus d’informations aux visiteurs qui le souhaitent. Tout au long de la liane sont distribués des focus informatifs sous forme de mandalas (supports de contenu comportant visuels et textes) et de satellites (images et manipulations permettant une approche plus ludique : livrets, boîtes à sons, à odeurs, à échantillons, à histoires, à microscopes) qui marquent les stations importantes de la visite, ponctuent des parcours thématiques.
La réouverture de quatre serres offre un parcours dépaysant dans une nature presque indifférente aux saisons mais également un parcours organisé pour tous les publics : les travaux (élargissement des allées, installation de deux ascenseurs, choix des modules informatifs) et la scénographie ont en effet permis de rendre les serres accessibles aux personnes à mobilité réduite, aux personnes mal et non-voyantes, mal entendantes et aux personnes mentalement déficientes par la médiation.
Renseignements :
Muséum national d’Histoire naturelle
Jardin des Plantes
57 rue Cuvier
75005 Paris
Publié le 4 août 2010
